Wolfgang Flür

Wolfgang Flür

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S’il y aura bien un concert à ne pas rater au Winterfest, c’est indubitablement celui de Wolfgang Flür, un des membres clefs de Kraftwerk lors de leurs heures de gloire. Flür travaille en solo depuis un petit temps. Nous avons eu l’honneur et le plaisir de nous entretenir avec cette légende.

Bonjour Wolfgang. On te considère comme le premier batteur électronique de l’histoire de la musique. Pas besoin de te dire que tu es une personne très influente au niveau musical. Mais, je me demandais: étais-tu conscient que tu allais révolutionner le monde de la musique?
Comment pouvions-nous en être conscients? Nous étions quatre jeunes gars et nous avions tout simplement la chance de pouvoir faire de la musique. Nous avions chacun des talents dans des domaines différents, ce qui collait parfaitement à ce nouvel art. Par contre, nous savions naturellement que nous étions différents d’autres musiciens. Les instruments dont nous jouions et les appareils que nous avions créés nous-mêmes étaient différents. Nos morceaux, que nous faisions écouter à un public plus adulte, étaient également différents. Nous étions aussi différents au niveau des tenues que nous portions.
Une révolution, dis-tu? Une révolution, c’est une explosion, c’est le pouvoir, la force… Nous n’avons pas explosé avec ce nouveau style musical. Notre son et nos thèmes ont commencé très lentement à se frayer un chemin dans le monde musical et nous avons créé un tout nouveau genre. Les gens n’aimaient pas trop et, au début, nous avons essuyé des critiques horribles.

Tu as été à la base de ce que l’on a plus tard qualifié de Krautrock. Aujourd’hui, c’est comme si tout le monde s’était intéressé à ce genre, mais était-ce réellement le cas? Existait-il un large public pour ce que vous faisiez à l’époque?
Kraftwerk n’a jamais fait du Krautrock. En fait, nous n’aimions pas cette expression. Les groupes allemands qui copiaient le rock américain pouvaient, eux, bel et bien être catalogués sous cette dénomination. Les troupes américaines qui avaient occupé la région du Main et du Rhin après leur victoire sur les nazis qualifiaient généralement les Allemands de ‘boches’. Kraut signifie choucroute. Un légume qu’ils ont appris à apprécier chez nous, qu’ils trouvaient dans les villes dévastées. Les Américains en raffolaient. Les musiciens allemands étaient ainsi appelés tout simplement par eux et par les médias étrangers des Krautrockers. Au début des années ’70, lorsque nous avons fait nos débuts, notre public était restreint et curieux. Nous disposions d’un nouvel instrument de musique qui faisait des tout nouveaux sons: le synthétiseur. Il n’a pas été facile de familiariser notre public aux sons de cet instrument.

Tu as officié au sein de Kraftwerk de 1973 à 1987. Quel est selon toi l’album de Kraftwerk qui a été le plus influent?
The Man Machine et Computerworld.

Certains disent qu’il n’y aurait pas de techno si Kraftwerk n’avait pas existé. Es-tu d’accord?
C’est tout bonnement un non-sens! C’est l’invention du séquenceur et du sampler qui ont permis l’éclosion de la techno et l’ont fait grandir. Nombre d’artistes nationaux et internationaux ultérieurs ont utilisé des samples de Kraftwerk. Kraftwerk est le groupe le plus samplé au monde. Mais cela ne signifie pas que c’est Kraftwerk qui a créé la techno et tous les autres genres qui en découlent, tels que rave, acid, house, hoppe di hopp, drum’n bass ou autres.

Après ta période Kraftwerk, tu as collaboré à des projets comme Mouse On Mars et Pizzicato Five. S’agissait-il d’une renaissance? Quels artistes écoutes-tu de nos jours?
Après 10 années d’absence musicale, ce fut en effet une sorte de renaissance. J’ai découvert le conteur et l’inventeur de mélodies qui sommeillait en moi. En compagnie d’Andi Toma de Mouse on Mars, j’ai produit mon premier album propre – Time Pie – et ai travaillé avec de nouveaux collègues. En 2000, j’ai commencé à travailler avec Starfan Lindlahr aux nouveaux morceaux que l’on trouve sur l’album actuel ELOQUENCE. J’étais surtout très content que ce soit un label anglais, Cherry Red Records, qui me propose un contrat pour les morceaux que nous avons produits ensemble. Une renaissance? Absolument! Et rien n’aurait pu me combler davantage que sortir quelque chose en Angleterre.

Chercher à évoluer semble représenter une part importante de ton univers musical. Penses-tu qu’il est encore et toujours possible de faire de la musique innovante, ou tout a-t-il déjà été inventé? On recycle tout de même souvent le passé.
Je n’ai rien contre le recyclage. Naturellement, je ne peux parler que pour moi et je présume donc que développer de nouvelles choses est encore et toujours mon truc. J’ai entre-temps écrit de la musique, des textes de chanson et des livres. Je lisais de la littérature ainsi que mes propres récits. J’utilise ma voix comme un instrument et je me comporte comme un acteur, la musique constituant tout simplement mon environnement. Lors de la présentation de mon spectacle MusikSoldat, je suis différent: pas un dj, mais davantage un performeur et un présentateur de spectacle.

C’est ce que j’allais te demander. Dès 2011, Wolfgang Flür est devenu MusikSoldat. Quelle était l’idée? Tu joues énormément de dj-sets sur la scène techno. Tu es accro à la vie nocturne?
Corrrrrect, j’aime vivre la nuit. Et j’aime encore et toujours être sur scène. Je fais cela depuis mes 17 ans! MusikSoldat est un synonyme, mais aussi un ‘statement’. Je suis un pacifiste. A la fin de mon show musical, on peut voir des images dramatiques et brutales d’un film anti-guerre dans lequel un Zeppelin allemand tente de lancer des bombes sur Londres et en est empêché par des pilotes britanniques. A la fin, je place sur ma tête un casque à pointe de l’empereur Wilhelm et je défile devant mon public. J’observe les visages puis quitte la scène comme un soldat qui salue. C’est totalement ironique et cynique. Je montre une vieille photo d’un soldat de cette même époque, qu’un bon ami m’a donnée. Cette photo m’a laissé totalement abasourdi la première fois que je l’ai vue. Vous allez me demander “pourquoi ce casque?” Je vous conseille de lire la réponse sur mon site web www.musiksoldat.de en cliquant sur l’onglet “helmet”. Vous pourrez aussi visionner une courte vidéo de mon album ELOQUENCE sur www.facebook.com/musiksoldat.

Il y a deux ans, tu as sorti ton premier album sous le label Cherry Red. De la musique électronique sous toutes ses diversités. Doit-on s’attendre à la sortie d’un nouvel album à l’avenir?
Merci pour votre compliment, je suis vraiment fou d’ELOQUENCE. Je travaille déjà sur un nouvel album, qui s’appellera COLLABORATIONS. La raison est simple: je n’ai pas de groupe et, via Internet, je collabore avec divers artistes à travers le monde entier. Je leur transmets des fichiers musicaux et thématiques et ils y ajoutent des idées, des sons, des mélodies et des paroles. Il s’agit d’un grand rêve pour moi parce que je n’ai ainsi pas besoin d’un grand studio de musique, mais je reste tout de même en relation avec des amis et collègues que j’ai rencontrés lors de mes voyages en Allemagne et à l’étranger.

Tu joueras bientôt au Winterfest à Gand. Que sais-tu de la Belgique et pourquoi les gens doivent-ils venir te voir?
Je me souviens que je trouvais toujours très chouette de rouler la nuit sur les autoroutes belges (en fait, il n’y en a pas beaucoup). Ce sont les seules autoroutes qui étaient totalement éclairées avec des lampes jaunes douces. Il y a quelques années, je me suis arrêté à Bruges et à Anvers avec ma partenaire. L’an dernier, j’ai joué le spectacle MusikSoldat à l’Ampere Club à Anvers, c’était fantastique! La Belgique est un pays européen. Il y a une culture flamande. La langue parlée est le français. Je trouve l’Atomium de Bruxelles très chouette en tant que sculpture géométrique. Sans oublier la bière belge, ah haaa ahhhhhh hmmmm! Mon ancien collègue de Kraftwerk Karl Bartos a écrit un morceau sur l’Atomium.
Au Winterfest, les gens pourront voir et écouter mon univers musical, car il s’agit tout simplement du plus grand spectacle à regarder et pour danser. C’est différent!
Attention, je dois vous avertir que je ne suis pas un dj au sens traditionnel du terme. Je me considère comme un présentateur de musique avec des photos attirantes sur un écran dans mon dos. Il s’agit d’illustrations issues de mes archives personnelles et de vidéos réalisées par mes soins, de dias et de fragments de films ainsi que de raretés. La musique que je fais est relativement électro et extrêmement dansable, mais ce n’est pas de la techno ni de la rave!

Quel est votre album préféré de tous les temps et pourquoi?
Il y en a deux: Rubber Soul des BEATLES et Trans Europe Express de KRAFTWERK. Ces deux albums sont romantiques, débordent de magnifiques mélodies, présentent de jolis textes et renferment des sentiments.

Avec qui ne trouveriez-vous pas problématique de vous retrouver enfermé 8h dans un ascenseur, et que feriez-vous?
Ha ha ha – quelle question – j’aime être avec Zu.

Interview by Didier Becu - Luminous Dash