The Breath Of Life

The Breath Of Life

Nous ne savons en fait pas pour quelle raison précisément, mais The Breath Of Life fait partie des derniers groupe de goth rock/dark wave de notre petit pays. Heureusement, c’est aussi un des meilleurs et vous pourrez les voir trois fois en Belgique au début de cette année: le 20 janvier au Winterfest, le 27 janvier au B52 avec A Slice Of Life et le 23 février au Magasin 4 à Bruxelles en compagnie de The Arch et Clan Of Xymox.

Bonjour, The Breath Of Life fête cette année son 33ème anniversaire. C’est un peu comme si nous parlions des Rolling Stones. Quel regard portez-vous sur toutes ces années et quels ont été vos temps forts personnels?
Didier: Une foule de bons souvenirs. De magnifiques voyages à travers l’Europe. Sans The Breath Of Life, je n’aurais par exemple jamais visité des super villes comme Vilnius, Copenhague, Leipzig, Prague, Iéna ou Madrid… Et j’ai également eu l’opportunité de jouer avec quelques-uns de mes ‘héros’: Killing Joke, Red Lorry Yellow Lorry, … C’était chouette de les rencontrer et de parler avec eux. Un des temps forts personnels pour moi s’est produit au Luxembourg. Nous avons joué avec And Also The Trees, un de mes groupes préférés. Après le concert, ils nous ont félicités et ont dit qu’ils trouvaient ma façon de jouer très chouette… Pour moi, cela compte plus que Mick Jagger (rires).
Phil: Ce n’est pas vraiment comme les Rolling Stones. Nous méritons mieux qu’eux, tout simplement parce que nous portons encore et toujours nos instruments et amplis nous-mêmes. Nous n’avons pas de chauffeur, pas de roadies, pas de massages,… Je pense que nous sommes plus rock n’ roll qu’eux! Mon temps fort fut vraisemblablement les deux tournées que nous avons effectuées en Tchéquie et Slovaquie dans les années ’90, parce que ce fut une grande aventure et un moment d’amitié. Notre nouvel album Under The Falling Stars constitue également un de mes temps forts, parce qu’il est sorti après avoir effectué une pause de 15 ans et parce que nous avons réalisé ensemble un très bon disque doté d’une très chouette ambiance.
Isabelle: 33 années, cela peut paraître long, mais on ne les sent pas passer. Je pense qu’il doit s’agir d’une partie de ma vie, et je considère vraisemblablement celle-ci comme un temps fort.

The Breath Of Life est un groupe qui a un son très propre sur la scène goth rock. Considérez-vous cela comme une des raisons de votre si grande longévité?
Phil: Nous avons toujours tenté de faire notre truc, de faire des choses que personne n’avait jamais fait auparavant. Il s’agit donc toujours d’un défi, ce n’est pas ennuyeux et cela ouvre toujours de nouvelles voies intéressantes. Je ne peux pas m’imaginer écrire des morceaux que j’aurais déjà entendus des centaines de fois au préalable.

Pouvez-vous nous expliquer comment les chansons voient le jour? Qui fait quoi au sein de The Breath Of Life?
Phil: La première idée de base vient d’un des musiciens. Cela peut être n’importe qui, il peut s’agir de seulement deux accords ou de quelque chose de plus préparé. Lorsque c’est bon pour tout le monde, nous tentons d’avancer pour en faire un morceau.
Isabelle: Nous répétons une fois par semaine. Nous effectuons une sorte de jam session autour de l’idée. Chacun fait son propre truc. Une fois que la structure du morceau est prête, je mets des paroles dessus.

Au début, le groupe s’est produit dans d’autres pays. Quelle est la situation aujourd’hui? Jouez-vous encore et toujours à l’étranger?
Isabelle: Nous aimerions jouer beaucoup plus à l’étranger. Les lives ont toujours été quelque chose de très important pour nous. Nous n’avons pas besoin d’un manager pour nous ouvrir les bonnes portes. Le nouvel album Under The Falling Stars a figuré 8 semaines dans le top 10 du German Alternative Charts (juillet/août 17). Je croise les doigts afin que nous recevions davantage d’opportunités.
Phil: Nous devons encore et toujours nous battre pour décrocher des concerts. Aujourd’hui, sur les grands festivals populaires, au moins la moitié de l’affiche est dédiée à la scène dance. Où est passée cette part de musique sombre? Nous ne sommes pas du tout des inconnus mais, hélas, nous ne sommes également pas suffisamment connus pour pouvoir jouer purement grâce à notre nom. Malgré cela, nous sommes toujours prêts à jouer partout où des gens veulent nous voir.
Didier: Nous faisons de notre mieux pour aller partout là où des gens veulent nous voir jouer… Même lorsque c’est loin, et ce malgré ma peur de l’avion.

Les fans belges ne devront pas se plaindre en 2018, avec déjà 3 concerts prévus. C’est presque comme si le groupe faisait tout pour absolument vouloir jouer, n’est-ce pas?
Isabelle: Oui, nous aimons nous produire en live. C’est là que la magie opère. C’est là que vous pouvez conférer une autre dimension à votre musique.
Didier: Si le groupe ne joue pas, il est voué à mourir. C’est la seule manière pour rester en vie. Mais malheureusement, il est un peu plus difficile de trouver des dates qu’avant.

Il est naturellement aussi vrai que les belles années du goth rock sont derrière nous, surtout avec un public qui devient de plus en plus âgé. Comment vous accommodez-vous de cela en tant que groupe?
Isabelle: Cela n’a aucune influence sur ce que je souhaite exprimer en tant que musicienne, mais nous tentons toutefois d’utiliser les nouveaux médias pour toucher de nouveaux fans. Lorsque j’avais 13 ans, je me souviens que je passais beaucoup de temps chez les marchands de disques et dans les bibliothèques pour découvrir de nouveaux groupes. Aujourd’hui, tout est disponible sur Internet. J’entends par là que, s’ils le veulent, les jeunes peuvent aussi y trouver la musique qui leur plait le plus. Il y a également de nouveaux jeunes groupes terribles; je suis donc sûre qu’il y a encore et toujours de la place pour la musique.
Didier: Je pense que nous sommes pratiquement aussi âgés que notre public. Ce qui signifie ‘pas trop jeunes’ (rires). Vous avez raison. Nous ne pouvons pas nous opposer à cette réalité. Et honnêtement, cela m’importe peu. Vous ne pouvez pas obliger des jeunes à venir s’ils n’en ont pas envie. C’est pareil pour les philatélistes. Tous les philatélistes sont aujourd’hui très âgés, n’est-ce pas? Donc, philatélistes et goth-rockers, même combat!
Phil: Hmmm, quelle étrange comparaison. Penses-tu que nous aurons un jour un timbre à notre effigie? Nous le méritons tout autant que le roi, non?… J’ai toujours été intéressé par ce qui se passe dans le monde de la musique. Je n’aime pas toutes les nouveautés que j’entends, loin de là, mais l’évolution de la musique et mon intérêt ne se sont pas arrêtés avec les années ‘80’. C’est comme dans le vrai monde: pour survivre, il faut évoluer et retenir les leçons apprises. Comme Darwin (rires).

Je pense que, comme musiciens, vous voulez tout de même attirer un nouveau public, un public jeune. Qu’est-ce que les groupes peuvent faire pour accorder de l’attention à ce genre en voie d’extinction?
Phil: Si au moins nous le savions…
Didier: Bénéficier d’une certaine attention est souvent une question de hasard et de chance. Quelle que soit la musique que vous jouez. Regardez Interpol: ils ont fait un premier album brillant et couronné de succès, avec de nombreuses ambiances sombres. Lorsque des journalistes leur ont parlé de Joy Division ou The Chameleons, c’était comme si ils n’avaient jamais entendu parler de ces deux groupes de légende! Comment est-ce possible???

L’an dernier, le groupe a sorti l’album Under The Falling Stars sur le label Wool-E. Il m’a fallu différentes écoutes, pour ensuite me rendre compte qu’il s’agissait de votre meilleur album jusqu’à présent. Je suppose que vous partagez mon avis!
Phil: Merci! Je trouve le nouvel album très bien. C’est le mix parfait de tous ce que les membres du groupe apprécient. Je comprends qu’il peut choquer lors des premières écoutes et qu’il n’est peut-être pas simple de trouver la clef. Nous avons exploré différentes voies et les auditeurs peuvent se perdre, mais lorsque vous trouvez la clef, vous devez découvrir ses richesses. Nous devons aussi souligner le travail effectué par notre producteur Gilles Martin qui a fait un super boulot.

C’est un album assez sombre. Des morceaux sombres pour des temps sombres?
Phil: Vous avez raison. Cet album est en phase avec son temps. Il est sombre, mais heureusement, il est possible d’ajouter soi-même des couleurs vives.
Didier: Under The Falling Stars ne peut pas être plus sombre que la période de l’histoire à laquelle nous vivons. Je ne me ses pas très à l’aise avec l’époque actuelle. Je me sens nostalgique. Je suis nostalgique depuis ma naissance. C’est plutôt surnaturel. Quels souvenirs pourriez-vous avoir de votre naissance? Peut-être quelques événements qui vous rappellent votre vie d’avant? La preuve d’une réincarnation? C’est intéressant. Maintenant que je suis adulte, j’ai enregistré de nombreuses photos pour nourrir ma nostalgie. Et cela ressemble vraiment à une maladie. Parfois, lorsque je suis très malade, il y a quelque chose de ‘moderne’ que j’apprécie, c’est aller chez le dentiste. Je pense que c’est aujourd’hui moins douloureux qu’il y a 25 ans. Je suis profondément ancré dans la nostalgie. Et lorsque la nostalgie vous empêche de tester de nouvelles choses, vous vous perdez dans la routine. Cela devient évidemment très dangereux. J’ai écrit ce petit vers de poésie il y a quelques mois: “la routine est mon héroïne. Parce que j’avais environ 17 ans. Par rapport à la morphine. Il s’agit d’un des meilleurs calmants que j’aie jamais vus”. Je ne peux pas être plus clair ni plus sincère. Mais je me soigne. Et si notre album devenait l’album de l’année, cela m’aiderait beaucoup.

Pourquoi les gens doivent-ils absolument venir vous voir au Winterfest?
Isabelle: Parce que nous sommes quatre enfants qui vivent leur musique sur scène. Voir nos lives constitue une chouette manière de ressentir et comprendre les émotions dans notre musique.
Didier: Peut-être tout simplement, parce qu’ils nous trouveront sympathiques? (Rires).

Y a-t-il d’autres concerts que vous voulez absolument voir sur ce festival?
Didier: Tous les artistes programmés au Winterfest sont de qualité. J’aimerais surtout voir The Alarm. Je ne les ai encore jamais vus en live. Mais aussi The Hermetic Electric. Un chouette groupe que nous avons pu voir l’an dernier lors d’une Fantastique Night à Bruxelles.
Isabelle: The Alarm, mais aussi et surtout plusieurs groupes que je n’ai encore jamais vus. Ce sera donc une jolie journée de découvertes.

Sex, drugs ou rock ’n roll? À vous de choisir!
Phil: J’en ai arrêté un il y a quelques années. Je vous laisse deviner lequel.
Didier: Je ne suis pas accro aux drogues… Sauf au Picon vin blanc. Donc, absolument: sex et rock-‘n-roll sont mes meilleurs amis. Mais je dois affirmer que j’ai collectionné davantage de disques de rock dans ma vie que de femmes.
Isabelle: Pas de drogues pour moi, svp (rires).

Quel est votre album préféré de tous les temps et pourquoi.
Didier: Je pourrais répondre différemment à cette question chaque semaine. Cette semaine, c’est Brotherhood, le quatrième album de New Order. Je me suis retrouvé en prison avec cet album! Nous fêtions la fin des examens avec un ami en 1986. Nous avions beaucoup bu. Mon ami est tombé sur une vitrine. La police est arrivée. J’ai passé 20 minutes en cellule. Avec deux clochards, une fille qui était là ‘par accident’ et un vinyle de New Order dans mon cartable.
Phil: Tu as raison et je ne pense pas que je donnerais deux fois de suite la même réponse à cette question. Aujourd’hui, je dirais Seventeen Seconds des Cure parce que c’était un de mes albums favoris lorsque j’étais ado et j’avais un lien spécial avec celui-ci, mais aussi parce que je viens tout juste d’acheter mon billet pour le 40ème anniversaire des Cure en juillet à Londres.
Isabelle: Cela dépend aussi de mon humeur, mais je dirais la compilation A Passage Of Time de Dead Can Dance. Un super mélange de magnifiques chansons. Qui me donne de l’énergie.

Avec qui ne trouveriez-vous pas problématique de vous retrouver enfermé 8h dans un ascenseur, et que feriez-vous?
Didier: Avec dieu… Et je lui dirais qu’il doit crier afin que l’ascenseur puisse être réparé en 8 heures, ce qui signifierait qu’il existe vraiment.
Isabelle: Lene Lovich, et nous chanterions comme des folles (rires).

A vous le dernier mot …
Didier: Si vous voulez vieillir, prenez le temps avant de prononcer vos derniers mots…
Phil: Chhhhtttt

Picture by Patrice Hoerner

Interview by Didier Becu - Luminous Dash